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L'artillerie médiévale


Catapulte des Baux de Provence
Catapulte des Baux de Provence

Les romains utilisaient des engins à ressorts faits de cordes enroulées et tendues, la catapulte, la baliste etc. Les performances de ces engins relativement rustiques et peu précis limitaient l'efficacité des projectiles à une utilisation contre de l'infanterie, en campagne ou massée derrière des remparts.

En revanche, au moyen âge ce que le grand public persiste a désigner sous la fausse appellation de catapulte était d'une toute autre efficacité, la portée, la précision, comme le poids et la taille des projectiles permettaient d'attaquer directement les plus fortes murailles.

Au XIIème siècle s'est donc développée une nouvelle technique à balancier et contrepoids, très probablement héritée des quelques fructueux échanges avec les architectes, charpentier et savants d'orient, plus avancés dans les sciences de la géométrie et des calculs qu'ils avaient eux même hérité des éléments d'Euclide et de la tradition grecques.

Constitués de pièces de bois assemblées en charpente mobile, les trébuchets, mangonneaux et couillards ont révolutionné l'ancien arsenal romain tombé en obsolescence. Ces armes à contrepoids étaient si efficaces qu'elles perdurèrent jusqu'au XVIème siècle bien après l'apparition de la poudre.

Par contre, ce qui caractérise l'artillerie médiévale, qu'elle soit à contrepoids ou plus tard à poudre est une mobilité réduite et une cadence de tir très faible ce qui fait que ces armes compte tenu également de leur coût important et de la nécessité d'une main d'oeuvre nombreuse et compétente n'ont été que relativement peu employées. D'autant que la chevalerie d'alors érigée en caste n'en tenait que pour les armes nobles, c'est à la lance ou l'épée en main qu'elle s'est fait bravement tailler des croupières au fil des batailles.



Bricole, mangonneau et trébuchet - Château de Castelnaud
Des versions simplifiées et plus réduites de ces armes à contrepoids ont vu le jour, les bricoles actionnées à main d'homme ont permis de pallier à ces inconvénients mais avec une portée bien moindre. En revanche, ces engins plus manoeuvrants ont pu être utilisé dans des situations plus diversifiées, y compris sur les remparts contre justement les lourdes machines des assiégeants. leur situation ainsi en hauteur compensant légèrement leur plus faible rayon d'action.


Une charpente articulée avec un contrepoids pouvant aller jusqu'à plusieurs tonnes ne pouvait s'entreprendre en amateur sans risque de la voir s'effondrer au premier tir, les armes à contrepoids nécessitaient une parfaite technicité de construction. Les fameux engineurs ancêtres de nos ingénieurs étaient recrutés avec une main d'oeuvre importante tant pour leur mise en place que pour leur service et leur protection. Du fait de leur très faible mobilité ces machines constituaient à leur tour des cibles de choix pour des assiégeants qui pouvaient tenter de les incendier ou les détruire lors de sorties audacieuses.


La guerre au moyen âge étant avant tout basée sur la poliorcétique, l'usage de ces engins s'est développé et poursuivi bien au delà de l'arrivée des premiers engins à poudre qui ont nécessité également une très longue période d'adaptation.



Les engins balistiques à poudre

mélange de salpêtre, de soufre et de charbon, la poudre dite à canon est introduite en Europe au XIIIème siècle par les Arabes qui l'on hérité des Mongols, qui eux-mêmes en tenaient le secret des Chinois.


Alors que les troupes de Gengis Khan utilisaient déjà des pots à feu aux environs de 1200, ce n'est que vers 1310 qu'apparurent en Europe occidentale les premières bouches à feu, d'abord en Toscane, puis en Allemagne et en Flandres, plus tard vers 1325 en Angleterre et en France.



trait à poudre
La première apparition avérée de pièces d'artillerie remonte à la bataille de Crécy en 1346. Première grande bataille de la guerre de cent ans et première défaite des français malgré l'utilisation de cette arme nouvelle. La très médiocre qualité de ces premières pièce d'artillerie ne permet qu'un tir à l'heure et une très faible mobilité.

Plus bruyantes que performantes elles furent souvent aussi dangereuses pour leurs servants que pour la cible. Elles vont se développer et se diversifier au fil du temps.




veuglaire
chambre a feu de veuglaire
Les améliorations

au cours de la seconde moitié du XIVéme siècle on verra apparaître des mortiers d'une longueur de 1.20 m pour un calibre de 50 cm.

Aux environs de 1400 apparaîtront les bombardes à tourillons (axe transversal forgé sur le cerclage de la pièce), absorbant une partie du recul et facilitant le pointage vertical.

ribaudequin

Le mode de chargement se perfectionne avec le veuglaire. Celui ci se chargeant par la culasse au moyen d'une chambre à feu amovible.

Des pièces comportant plusieurs canons en orgue font leur apparition au milieu du XVème siècle, ce sont les ribaudequins.


couleuvrine
Très tôt on utilisa des pièces à main de petit calibre actionnées par seulement un ou deux servants, le colinéator (pointeur) et l'incendiarus (tireur) telles les couleuvrines dont certaines dites "pétrinal ou poitrinal" étaient utilisées à cheval. Le fût de cette arme reposait sur une fourquine accrochée au pommeau de la selle¸ tandis que le talon prenait appui sur la cuirasse.


Veuglaire - Château de Castelnaud.

Vers 1430 ces armes de petit calibre pouvait traverser deux ou trois hommes non cuirassés ou percer une armure à 20 mètres.

Les grosses bombardes disposées dans des berceaux ou installées dans des affûts en caisson étaient utilisées dans les sièges jusqu'au début du XVIème siècle. Les artilleurs étaient protégés pendant les manœuvre de chargement derrière des mantelets fixes ou basculants au moment du tir. Dès 1450 des bombardes de moyen calibre furent installées sur des affûts mobiles.


chronique-de-bern artilleurs-1480
L'organisation

Entièrement réorganisée par les frères Bureau et le maître général et visiteur de l'artillerie du Roi Pierre Bessoneau, l'artillerie de Charles VII fut certainement la plus nombreuse et la plus performante de son temps. Elle à prouvé son efficacité en 1453 lors de la bataille de Castillon en infligeant une sévère défaite aux troupes anglaises commandées par John Talbot.



Mons Meg - Edinburgh Castle
Dès lors la cavalerie dont les charges assuraient la suprématie sur les champs de bataille fut remise en question de même que les hautes fortifications des châteaux et donjons soudains très vulnérables. Toujours en 1453 l'artillerie de Mehmed II triomphait des murailles de Constantinople.

Au milieu du XVème siècle les bombardes géantes apparurent, d'une longueur dépassant parfois les 5 mètres, d'un poids de 2 à 7.5 tonnes, d'un calibre pouvant aller jusqu'à 66 cm et tirant des boulets pouvant peser jusqu'à 360 Kg.

La poliorcétique, (l'art de conduire un siège) allait évoluer. C'est en 1356 que fut utilisée en France la dernière tour d'assaut roulante devenue obsolète face à l'artillerie que les défenseurs ne manquaient pas de lui opposer.

Cependant les engins balistiques classiques (trébuchets, mangonneaux) furent utilisés conjointement à la nouvelle artillerie jusqu'au milieu du XVIème siècle.


artillerie 06
Les projectiles

Les premiers projectiles du XIV ème siècle étaient des flèches incendiaires qui restèrent en usage jusqu'à la fin du XVI ème siècle. Cependant les progrès des fondeurs de canons ont rapidement permis l'emploi du boulet de pierre utilisé jusqu'à la fin du XVème siècle, puis du boulet de fer (la plommée) plus coûteux mais plus performant.

Urbain_II_prêchant_la_croisade
Ce nouveau projectile de par sa masse trois fois supérieure allait permettre de réduire le calibre des canons, d'autant que la poudre allait aussi grandement évoluer.


L'absolution Même si l'église à plusieurs fois tenté de jeter l'interdit sur certaines armes jugées déloyales, la masse d'arme qui défonce l'armure ou l'arbalète qui permet le tir à l'affût en embuscade, elle a aussi très souvent béni et baptisé des armes pleines d'avenir comme l'artillerie.

Elle a initié des guerres telles les croisades ou les expéditions missionnaires et la fameuse trêve de dieu truffée d'exceptions visait plus à protéger ses biens que la paix civile. La propension de l'homo sapiens bellicus à développer des moyens toujours plus puissants pour nuire à son prochain est une constante à l'oeuvre depuis la nuit des temps.



bombarde bombarde Médiév'art



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